Vers l'évaluation des élèves "à risque" dès 5 ans

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Vers l'évaluation des élèves "à risque" dès 5 ans

Message par INFO_APEN le Jeu 13 Oct - 9:11

Vers l'évaluation des élèves "à risque" dès 5 ans



source : | 12.10.11 | 10h31





http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/12/vers-l-evaluation-des-eleves-a-risque-des-5-ans_1586052_3224.html#xtor=RSS-3208










Le nouveau dispositif se présente
comme un outil de lutte précoce contre l'échec scolaire. Pas sûr que
l'argument convainque les organisations syndicales. AFP/PIERRE VERDY







Le dossier est explosif. Peut-on, dès la maternelle, repérer les enfants "à risque" et à "haut risque" ? Passer au crible les comportements et les apprentissages des élèves dès 5 ans ? L'idée devait être proposée par le ministère de l'éducation nationale aux inspecteurs reçus par petits groupes, rue de Grenelle, à compter
du mercredi 12 octobre. Objet des réunions : l'éventuelle mise en place
d'une évaluation de tous les élèves de grande section de maternelle. Un
livret appelé "Aide à l'évaluation des acquis en fin d'école maternelle", que Le Monde s'est procuré, détaille précisément, en vingt-deux fiches, un protocole très normé.



L'évaluation est prévue en trois phases. Entre novembre et décembre, une première phase dite de "repérage" : l'enseignant passerait au crible le comportement à l'école, le langage, la motricité et la "conscience phonologique" des élèves. La deuxième phase consisterait en un "entraînement progressif (…) avec les enfants repérés à risques lors de la phase1". Enfin, une étape bilan, entre mai et juin, permettrait de faire le point sur les acquis des élèves par des "séries d'épreuves collectives ou en petits groupes – d'une durée d'environ trente minutes par série".



CLASSEMENT DES ENFANTS EN TROIS CATÉGORIES

Une partie du livret d'évaluation porte sur le "devenir élève". Une façon politiquement correcte d'évoquer le comportement des enfants. L'enseignant devrait, entre autres, noter si l'élève "respecte les autres" et "contrôle ses émotions". "L'enfant devenu élève agit de manière à respecter
l'intégrité de toutes les personnes et de son environnement ; il ne les
agresse pas, il a recours à la parole en cas de désaccord ou de
conflit"
, peut-on lire dans le document. On n'est pas loin du bilan médical – et confidentiel – que les médecins faisaient passer aux enfants dans leur 6e année. Le protocole prévoit d'ailleurs d'"articuler le bilan de santé et l'évaluation des acquis".

Enfin, le vocabulaire choisi risque de faire grincer des dents, de même que le classement des enfants en trois catégories : "RAS" (pour "rien à signaler"), "risque" et "haut risque". Le maître devrait remplir une "fiche élève" et une "fiche classe" reprenant les "scores"
obtenus par les enfants aussi bien pour leur comportement que pour leur
maîtrise du langage, leur motricité ou leur conscience des syllabes
(phonologie).

Ainsi, un enfant qui, à 5 ans, obtiendrait moins de 2 points en comportement à l'école serait classé "à haut risque". Une approche qui n'est pas sans rappeler la proposition faite par le secrétaire d'Etat à la justice, Jean-Marie Bockel, en novembre 2010, de repérer
les troubles du comportement dès 3 ans. Ou encore une expertise de
l'Inserm, rendue publique en septembre 2005, qui pointait l'insuffisance
du "dépistage du trouble des conduites" chez les enfants.



"CELA RESTE UN CHOIX INDIVIDUEL"

Le nouveau dispositif se présente comme un outil de lutte précoce
contre l'échec scolaire. Pas sûr que l'argument convainque les
organisations syndicales. L'évaluation en maternelle n'est pas tout à
fait nouvelle, mais le dispositif actuel est facultatif : il s'agit
d'une liste de fiches, proposées comme un outil que les enseignants
utilisent ou non. "Cela reste un choix individuel", témoigne Laetitia Bordeau, 35 ans, professeure des écoles dans le Val-d'Oise. "Evidemment
qu'en évaluant les élèves, on est aussi attentif à leur comportement,
et ce dès la petite section de maternelle, l'idée étant de les préparer au mieux au CP,
reconnaît-elle. Il faut aider l'enfant à devenir élève. Mais de là à le cataloguer…" Ce nouveau protocole d'évaluation pose, de fait, la question du rôle de l'école maternelle. "Les enseignants savent très bien identifier les enfants qui ont besoin d'un accompagnement particulier", estime Christian Chevalier, secrétaire général du SE-UNSA. "Ils n'ont nul besoin d'un dispositif inadapté qui va transformer la maternelle en structure de sélection, alors qu'elle n'a pas vocation à trier les élèves", s'insurge-t-il.

Même constat, inquiet, de la part de Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire de l'éducation nationale : "Tests
en CE1, en CM2, et aujourd'hui en maternelle… L'évaluation gangrène
tout le système. La place que la maternelle accordait au jeu, au plaisir
quotidien, me semble aujourd'hui fortement menacée par ce type de
procédé."
Dans le livret à destination des enseignants, il est précisé que "les taux nationaux de réussite seront calculés sur échantillon représentatif et diffusés pour permettre à chaque école de se situer par rapport à une valeur nationale".
Revoilà exactement ce dont les enseignants ne veulent pas : une
possible publication des résultats école par école, donc un palmarès des
meilleurs établissements dès la maternelle ! "En évaluant toutes les écoles, on crée un potentiel instrument de classement que quelqu'un finira bien par exploiter", craignait déjà Thierry Cadart, secrétaire général du SGEN-CFDT, à propos des évaluations mises en place à l'école élémentaire en 2008.

MARCHE ARRIÈRE FACE AU TOLLÉ DES TESTS RENDUS PUBLICS


Xavier Darcos, le prédécesseur de Luc Chatel
au ministère de l'éducation nationale, avait annoncé, dans un premier
temps, que les résultats des tests de français et de mathématiques en
CM2 seraient rendus publics. Avant de faire
marche arrière face au tollé de la profession. Cette intention, perçue
comme une volonté de mise en concurrence des établissements, a suffi à discréditer toute la politique d'évaluation.

Le 14 septembre, le Haut Conseil
de l'éducation rendait un rapport assassin dans lequel il remettait en
cause l'ensemble du système actuel d'évaluation. Il préconisait de "confier à une agence indépendante la mise en œuvre" des évaluations des acquis des élèves, estimant "essentiel
que, dans notre démocratie, les données concernant les résultats de
notre système éducatif soient objectives et transparentes, donc
incontestables"
.

Un mois après cette salve, pas sûr que les inspecteurs de l'éducation
nationale reçus au ministère accueillent favorablement l'hypothèse de
nouvelles évaluations.


Maryline Baumard, avec Mattea Battaglia et Aurélie Collas

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Re: Vers l'évaluation des élèves "à risque" dès 5 ans

Message par INFO_APEN le Jeu 13 Oct - 9:12

Un projet de fichage des écoliers de maternelle mobilise syndicats et parents

Le
ministère a présenté aux inspecteurs un dispositif de "repérage de
élèves présentant des risques pour les apprentissages" destiné aux
enseignants de grande section de maternelle. Il prévoit le dépistage de
façon froidement bureaucratique des enfants "à risque" et leur
traitement par l'enseignant avant une évaluation finale. Ce document,
qui rappelle le rapport de l'Inserm de 2005 et le rapport Benisti, fait
l'unanimité des syndicats qui appellent déjà à son boycott.




Ce sont en fait deux documents qui ont été réalisés par le ministère.
Le premier présente les phases du repérage et du traitement de "l'aide à
l'évaluation" des enfants. Dès cette année, en novembre et décembre les
enseignants devraient faire passer des "épreuves étalonnées" identiques
portant sur le comportement à l'école, le langage, la motricité et la
conscience phonologique. Ces tests ont été réalisés par le laboratoire
cognisciences de l'université de Grenoble. La seconde phase serait celle
des "entraînements" où les élèves jugés "à risque" ou "à haut risque"
seraient regroupés de façon homogène durant les heures d'aide
personnalisée, de façon quotidienne, selon "une ritualisation forte". La
dernière phase serait celle des évaluations des acquis entre mai et
juin. Elle porterait aussi bien sur la compréhension de consignes que
sur la compréhension de texte lu, la connaissance des nombres ou le
"devenir élève".




Le second document est le guide destiné aux enseignants
comportant l'outil de repérage appelé "Matris GS". Inspiré d'un outil
médical, le BSEDS 3, il transforme les enseignants en apprentis médecins
en leur demandant de remplir des grilles d'observation du comportement
de l'élève , de sa motricité et de sa conscience phonologique. ON
aboutit ainsi à une fiche élève qui permet de statuer si l'élève est "à
risque" ou "à haut risque". La période "d'entraînement" où l'enseignant
est sensé aider l'élève n'est pas documentée. Le document revient sur
l'évaluation finale avec des fiches précises sur le langage, la
compréhension et le devenir élève. On évalue par exemple si l'élève est
"courtois", s'il ne monopolise pas la parole, s'il respecte l'intégrité
des personnes ou des biens, s'il utilise "les formules habituelles de
politesse".




Ce document n'a qu'une apparence scientifique
puisque le dépistage médical est proposé à des enseignants. C'est
d'autant plus regrettable qu'il aboutit à une classification d' enfants
de 5 ans entre "à risque" et "à haut risque", avec toutes les
conséquences sociales que l'on peut imaginer d'une telle qualification.
C'est aggravé par le dispositif dit d'entraînement qui invite clairement
à regrouper les enfants "à risque" de façon "rituelle" de façon
quotidienne : on peut craindre une forte stigmatisation et des
tentatives de formatage des enfants. Enfin l'importance accordée aux
comportements, dont on sait bien à quel point ils peuvent varier, dans
les observations, l'appel à des critères aussi flous que la courtoisie, montre que l'on s'éloigne du domaine scolaire.




Les syndicats montent au créneau.
Le dispositif recueille une opposition assez universelle. Les parents
de la Fcpe estiment qu'il s'agit "d'un dispositif de normalisation des
enfants de 5 ans" et exigent "le retrait immédiat" de ce "projet
honteux". Le Sgen Cfdt le juge "absurde, contre productif et un peu
effrayant". "Le ministère s'apprêterait à enfermer tous les petits
français de 5-6 ans dans des catégories dont tous les adultes de bon
sens savent qu'elles ne peuvent avoir que des effets ravageurs sur la
motivation et la capacité de grandir et d'apprendre". Le Sgen demande
l'abandon du projet. Le Snuipp demande aux enseignants de boycotter ce
dispositif. Pour le syndicat, "la maternelle n'est pas une école de la
compétition". Le Se-Unsa évoque "une conception erronée des
apprentissages" avec des épreuves "inadaptées". "Ce programme nie les
compétences des enseignants de maternelle qui savent reconnaître les
élèves rencontrant des difficultés en les évaluant dans des activités
signifiantes au moment opportun". Le Se-Unsa appelle à signer une
pétition contre ce projet.




Venant
après l' épisode des rapports Inserm et Bénisti, il est surprenant que
l'éducation nationale se soit lancée dans un projet aussi peu
raisonnable.
Pour le moment le ministère ne fait pas de commentaires sur cette affaire. Un comportement à classer "à risque" ?

Le document ministériel

L'avis de la fcpe

Communiqué Snuipp

Communiqué Se Unsa

La pétition

Menteurs, voleurs, sécheurs (2005)


source : café pédago

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/10/13102011Accueil.aspx#faitdujour


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